Mercredi 28 mai 2008
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Quand je donne le Shiatsu à une personne paraplégique, c'est toujours un grand moment pour moi. Je ne donne jamais un Shiatsu "à la légère" mais
là, le Shiatsu devient un acte très sérieux.
La première fois, c'était il y a environ un an et demi. J'étais très impressionnée. D'un point de vue théorique, il était certain pour moi que l'énergie circulait dans toutes les parties du corps,
y compris celles devenues insensibles et immobiles après l'accident.
J'ai pu vérifier que l'énergie circule bien dans ces parties du corps, comme chez les "valides". Ce qui est impressionnant, c'est la sensation sur le point de rupture de la moelle. C'est comme s'il
y avait une grosse pelote à cet endroit, un gros noeud énergétique et juste au dessous, un énorme Kyo.
Là où j'ai été le plus étonnée, c'est quand la personne m'a dit que bien que n'ayant plus de sensation lorsqu'on touche ses jambes, elle sentait mes doigts lorsque je lui donnais le Shiatsu. Elle
sentait que j'exerçais une pression ainsi que les méridens dont elle pouvait me montrer le trajet. Pour la personne paraplégique, recevoir un Shiatsu, c'est un peu faire revivre son corps.
Les deux personnes paraplégiques à qui j'ai donné le Shiatsu sont unanimes : la qualité du toucher en Shiatsu est essentielle. Ces personnes ont été blessées dans le corps de par l'accident
lui-même puis ensuite par tous les actes intrusifs lors des soins (opérations, soins, rééducation). Même pratiqués avec la plus grande bienveillance et même s'ils sont indispensables, ces actes
sont vécus comme violents et déclenchent chez les paraplégiques une réticence au toucher. Par exemple, mon premier client paraplégique ne voulait absolument pas que je lui touche le dos. J'ai
respecté sa demande, ne travaillant que sur la face antérieure, accédant aux méridiens du mieux que je pouvais. Ce n'est qu'au bout de quelques séances que je lui ai proposé de s'installer sur le
ventre afin de détendre son dos. La personne était alors en confiance et m'a dit, dès la fin de la séance que cette expérience lui permettait de renouer avec un soin global du corps entier, en tout
respect. Elle m'a confié également que depuis son accident (12 ans), c'était la première fois où son corps était touché dans son ensemble. Ma deuxième cliente ne m'a pas fait part de ses
réticences au départ mais dès le Shiatsu terminé, m'a remercié de l'avoir touché respectueusement, sans brusquerie, sans douleur, avec douceur et dans le respect du corps tel qu'il est et s'exprime
(en effet, les paraplégiques souffrent de spasticité, sorte de crampes ou tremblements qui se déclenchent de manière intempestive et qui sont douloureux et/ou génants).
Merci à vous, à la fois différents de nous et tellement semblables pour la confiance que vous m'accordez en m'autorisant à vous donner le Shiatsu. Nous sommes tous des handicapés, chacun
à notre manière!
Maître Masunaga dit : "Votre patient est votre Maître". A chaque fois que je m'agenouille pour donner un Shiatsu, j'entends ces quelques mots résonner dans mon Esprit.
Par Catherine Bosc-Hubert
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Publié dans : Zen Shiatsu
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